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Instants critiques et futilités numériques

Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines)

– Vous n’avez jamais été fou.

– D’accord. Pourquoi je suis enfermé ici alors ?

C’est en sifflotant que j’ai franchi les portes du cinéma afin d’aller voir Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines). Le dernier film d’Arnaud Desplechin s’annonçait bien. Déjà parce que je compte le réalisateur au nombre des grands noms du 7e art, ensuite parce que Benicio Del Toro et Mathieu Almaric sont pour moi deux des acteurs les plus talentueux de leur génération et enfin parce que (pour une fois) une bande annonce m’avait intrigué. Mais, pour ne pas vous mentir, le titre me laissait songeur. Pas que je fasse une fixette sur les titres de film, mais un film qui s’appelle Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines) ca présage soit une œuvre d’art et essai en noir et blanc, muet sous titré ukrainien, soit un grand moment de masturbation intellectuelle à destination des bobos parisiens.

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Malgré cette appréhension c’est assez serein (et en sifflotant, vous l’aurez compris) que je me suis installé dans la salle. J’ai bien fait (de siffloter), Desplechin, une fois encore, nous livre une petite pépite comme on en voit de moins en moins souvent.

Arnaud Desplechin est de ces réalisateurs qui ne font pas des films pour l’argent, le succès ou les récompenses. Pour preuve, le bonhomme en question a 9 films a son actif dont un documentaire. Films parmi lesquels on retrouve Un conte de Noël qui est a mes yeux un des films qui présentent la plus formidable brochette d’acteurs (et de par conséquence de jeux d’acteurs). Non, décidément Desplechin n’avait rien a prouver.

Jimmy P. c’est l’histoire d’un indien (Benicio del Toro), vétéran de la 2nd guerre mondiale qui se retrouve (sans trop savoir pourquoi) à l’hôpital pour passer des batteries de tests afin de déterminer la cause des migraines, flashs… qui remontent à un accident durant la guerre. Après analyse, les spécialistes ne trouvant aucune cause physiologique décident de faire appel à Georges Devereux (Mathieu Almaric) anthropologue frivole et exubérant.

Le film accompagne la relation entre ces deux hommes, foncièrement différents et pourtant unis sous le signe de la thérapie (et bien plus ?).

J’ai eu peur dans les premiers instants du film que Desplechin ne se soit planté en traitant de la psychiatrie, de la thématique du rêve (trop souvent mal abordée au cinéma). Mais le film prend un tout autre tournant pour nous offrir un quasi huit clos, déstabilisant et poignant de réalisme. On est saisi par les dialogues entre Georges Devereux et Jimmy Picard alors même qu’il ne se passe absolument rien. On vogue au grès des interprétations que fait l’anthropologue de son patient, au gré du souvenir des rêves fait par Jimmy, au gré de son passé aussi.3471688_6_4f80_dans-jimmy-p-benicio-del-toro-incarne-un_02a737e65bf69fd0d69d08dc67661b50

Finalement, le film ne traite pas tant du traumatisme post-guerre, ni même de la pathologie psychologique, mais bien de l’intervention d’un anthropologue spécialiste des ethnies indiennes sur un homme (indien lui-même, quoi que n’en étant plus vraiment sur) qui cherche à comprendre. Comprendre le désarroi et l’abattement de cet homme. Comprendre le lien qu’a son passé dessus. Qu’à son présent. Qu’à son futur.

Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines) est un film particulier qui sort des sentiers battus. Littéralement porté par la performance du duo Almaric (génialissime en anthropologue à l’accent américain d’Europe de l’est) Del Toro (subjuguant dans son rôle d’indien paumé, taiseux et profondément tourmenté), le film nous captive par la justesse des dialogues (une des qualités de Desplechin dans ses films) et par le rythme de l’histoire.

Finalement dans ce film, il n’y a ni début, ni milieu, ni dénouement. Ce film est une ligne symbolisée par le rapport entre Jimmy et Georges.

Déroutant mais franchement rafraichissant dans un paysage cinématographique de plus en plus fade.

Le film s’appuie sur l’oeuvre de Georges Devereux (père de l’ethnopsychanalyse) qui à la suite de son travail avec Jimmy Picard a publié en 1951 Psychothérapie d’un indien des plaines: réalités et rêve.

 

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Cette entrée a été publiée le septembre 11, 2013 par dans Films, et est taguée , , , .

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