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The Master

« Je suis écrivain, médecin, physicien nucléaire et philosophe théorique. Mais avant tout un homme »

Paul Thomas Anderson est de ces réalisateurs qui resteront dans l’Histoire du cinéma. PTA c’est seulement 6 films étalés sur 16 ans, plus de 12 prix récompensant son travail de réalisateur et autant de nominations. C’est aussi une démarche artistique unique, un cadre cinématographique et scénaristique qui font de chacun de ces films des chefs d’œuvre. Souvent intégré dans une génération de réalisateurs ayant révolutionné le cinéma d’aujourd’hui (Tarantino, les frères Cohen, Soderbergh, Fincher), on retrouve dans l’ensemble de son œuvre des thématiques récurrentes ; la solitude de l’être humain, la violence (invisible), la colère, le mal être, la déchéance, les liens communautaires…

PTA a aussi su s’entourer d’acteurs talentueux pour chacun de ses films. On note la présence répétée de certains de ces acteurs comme Philip Seymour-Hoffman (rappelez-vous sa prestation de Scotty dans Boogie Nights), John Reilly (qu’on a pu voir dans We need to talk about Kévin et Aviator entre autre et dont la réputation n’est plus à faire), William Macy (qui interprète souvent les mêmes genres de rôle avec une justesse épatante) et bien sur, Julianne Moore. Dans son dernier film (There will be blood), Paul Thomas Anderson marque une rupture avec le reste de sa filmographie en offrant un film plus accessible (ce qui ne veut pas dire mauvais, bien au contraire) sublimé par la présence de Daniel Day-Lewis en prospecteur pétrolier sans scrupules.

Alors qu’en est-il du dernier né, The Master

the-master-660x440Loin d’être accessible au grand public, The Master renoue avec le style Anderson de Magnolia. Où le scénario laisse place aux interactions des acteurs. Où les dialogues s’effacent en faveur des regards, et où, comme à son habitude, PTA nous régale d’une bande originale soutenue, rappelant le rythme d’une horloge.

The Master c’est l’histoire Freddie (Joaquim Phoenix, vieilli mais toujours aussi doué), matelot dans la marine militaire revenu de la guerre, alcoolique, torturé par des démons intérieurs, qui fait la connaissance par hasard de Lancaster Dodd (Philip Seymour-Hoffman, brillantissime), le maître.

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Le maître de quoi finalement ? C’est là toute la problématique du film qui aborde la frontière entre secte, communauté et famille, autour de la personnalité d’un Master, à la manière de Seymour-Hoffman, mari attentif et père avenant. Autoproclamé prophète d’une vérité que lui seul et ses proches clament, il arrive à persuader quelques personnes de l’intérêt de son approche psychologique de la vie.

Mais finalement le film ne traite pas tant du fond de cette « secte » que de la relation entre un homme perdu (Joaquim Phoenix) et un autre prêt à lui tendre les bras (mais à quel prix ?). Et cette relation est loin d’être simple. Seymour-Hoffman en chef de tribu stratège et manipulateur, doit gérer l’arrivée d’un matelot impulsif et qui n’a plus rien à perdre. On assiste durant tout le film à cet équilibre relationnel instable ponctué de scènes de thérapies psychologiques données par le maître.

The Master nous propose une esthétique de l’image propre aux œuvres de PTA, ainsi qu’un travail sur les plans de caméra qui nous plongent directement en plein monde Andersonien.

Le film ne serait rien sans la présence de Joaquim Phoenix (Gladiator, 8 mm, It’s all about love), dont le rôle d’ex soldat névrosé a du demander un travail d’approche impressionnant. Philip Seymour-Hoffman complète ce casting, toujours très investi dans son rôle, on n’aurait vu personne d’autre mieux que lui dans la peau de ce patriarche sectaire. Les prestations d’Amy Adams, de Laura Dern et de Rami Malek sont appréciables bien que passant au second plan.

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On regrettera quand même que le film soit si peu accessible, et que les non-connaisseurs d’Anderson risquent d’être déçus par le rythme lent et par le marasme scénaristique typique de PTA. Le film traîne parfois en longueur, avec des passages redondants qui, s’ils ont pu dans des films comme Punch Drunk Love ajouter à l’ambiance, laissent ici une sensation d’incompréhension (déjà que le film n’est pas simple à comprendre). On frôle dangereusement la limite déjà trop souvent franchie par des réalisateurs comme Terrence Malick qui se veulent penseurs plus que cinéastes (PTA a toujours su éviter ce travers, particulièrement en proposant une nouvelle direction filmique avec There will be blood).

On sort quoi qu’il en soit médusé des 2h15 de film, Paul Thomas Anderson prouve ici une nouvelle fois que le cinéma avec un grand C ne pourra pas se passer de lui.

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Cette entrée a été publiée le janvier 25, 2013 par dans Films, et est taguée , , , , , .

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