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La chasse

« Je la connais. Elle ment pas. Elle a jamais menti »

L’affiche m’avait interpellé. Le visage si particulier de Mads Mikkelsen semble vous inviter d’un regard sombre à pénétrer dans le monde du réalisateur danois Thomas Vintergberg.

Alors c’est ce que j’ai fait. Accompagné de BC je suis allé voir La chasse, sans attente particulière, le casting m’était inconnu et je n’avais jamais entendu parler du réalisateur, le seul indice réconfortant provenait de l’attribution au festival de Cannes du prix d’interprétation masculine décerné à Mikkelsen.

© Zentropa Enterntainments

Le film suit Lucas, divorcé, ex-professeur de collège ayant perdu son emploi après la fermeture de celui-ci, habitant d’une petite ville danoise. Il sort de ses échecs et retrouve petit à petit la stabilité d’une vie normale. Il parvient à un compromis avec la mère de son fils pour qu’il vienne habiter avec lui, se trouve une copine et travaille au jardin d’enfant. Et puis, comme ça, d’un seul coup le temps s’arrête. L’espace d’une confession et Lucas se retrouve au fond du gouffre. La confession vient de la petite Klara, fille de son meilleur ami et inscrite au jardin d’enfant. L’accusation désigne Lucas comme un pédophile, et personne ne semble prêt à prendre du recul pour penser le contraire…

Le scénario n’est pas sans rappeler des procès médiatiques qui ont fait scandale (Outreau en tête) dans lesquels la justice a accordé aux enfants « la version vraie » des faits. Parce qu’un enfant ca ne peut pas mentir, un enfant c’est innocent et donc ca dit la vérité. Et Lucas ne semble pas en mesure de prouver le contraire. La chasse c’est surtout comment faire quand personne ne nous croit et qu’aucun crédit n’est accordé à nos explications ? Comment gérer une telle situation quand nos amis les plus proches nous tournent le dos sans chercher à savoir ? Et au final, comment oublier cette histoire et réapprendre à vivre ?

© Zentropa Enterntainments

On assiste, le ventre noué du début à la fin, à un cataclysme d’une réalité brulante. La justesse du jeu des acteurs, les réactions en chaîne et le climat hivernal d’avant-fêtes de ce Danemark rural nous plonge au cœur du cauchemar que Lucas traverse. Méprisé par les uns, haï par les autres, il se retrouve peu à peu seul face à la (in)justice des hommes. Quand il perd son travail, quand la superette du coin refuse de le servir, que la violence des habitants se fait ressentir au travers de la solitude du personnage, on imagine difficilement ce qui peut lui arriver de pire.

La chasse c’est aussi un grand moment de cinéma magistralement orchestré par Thomas Vinterberg (Festen, It’s All About Love) et brillamment interprété par une brochette de comédiens talentueux. Mads Mikkelsen en tête, troublant dans ce rôle d’innocent présumé, incapable de se défendre, dépassé par les événements et pourtant plein de force et d’humanité. La petite Annika Wedderkop qui interprète Klara, mi ange mi démon, qui de son regard de petite fille ne comprend pas comment un simple petit mensonge peut faire autant de mal. Dédiasse spéciale à Lasse Fogelstrom dans le rôle de Marcus, le fils de Lucas, poignant dans son combat contre l’injustice subit par son père.

On regrettera quand même une fin peut être trop rapide, abrégée volontairement par le réalisateur mais qui a le mérite de laisser planer un doute sur l’intégrité des personnages et sur leur capacité à pardonner et à oublier. Dommage aussi que la vérité soit si facilement décelable par le spectateur dès le début du film, l’innocence de Lucas y est (un peu trop) facilement compréhensible.

La chasse reste un vrai film coup de poing, qui vous tient en haleine du début à la fin par la sincérité du scénario et du jeu d’acteur, vraiment à conseiller.

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2 commentaires sur “La chasse

  1. Chloé
    mai 19, 2013

    Hey 🙂
    Je suis en train de découvrir petit à petit ton blog et j’avoue que je suis conquise (t’emballe pas) (c’est Clara, la balance).
    Je suis allée voir La Chasse aussi au cinoch’ et ce film m’avais tout aussi bouleversé que toi à ce que je lis.
    Mads Mikkelsen est vraiment un acteur exceptionnel, y’a pas à dire. Il peut endosser la peau de personnages super complexes genre ici un mec injustement condamné, un médecin humaniste durant le 18eme au Danemark (Royal Affaire) et plus récemment il est le visage du psychiatre Hannibal Lecter dans la série Hannibal. Ne parlons pas bien sur de son rôle dans le film « Les Trois Mousquetaires » sinon je vais pleurer vu comme c’était pourri (ou comment perdre presque 3 heures de sa vie).
    Sur ce, je m’en vais continuer ma lecture.

  2. chronikulture
    mai 19, 2013

    Un grand homme ce Mads 😉
    Bonne lecture, j’attends tes retours avec impatience.

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Cette entrée a été publiée le novembre 19, 2012 par dans Films, et est taguée , , , , , .

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