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Instants critiques et futilités numériques

Quelques heures de printemps

« Est-ce que vous pourriez nous dire si vous avez eu une belle vie ? »

Dans son nouveau film, Stéphane Brizé (Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon) nous livre une vision de la maladie et du suicide assisté à travers la relation entre une mère condamnée et son fils. La mère (Yvette) c’est Hélène Vincent, qui aborde avec sobriété l’évolution de sa maladie et le choix de mettre un terme à ses jours, et à une souffrance future. Vincent Lindon prend le rôle du fils (Alain) ex taulard, absent, immature et un peu paumé. La présence d’Emmanuelle Seigner et d’Olivier Perrier, tout en justesse dans leur interprétation de personnages secondaires insuffle au film une dynamique propre aux réalisations de Stéphane Brizé.

© Diaphana

Quelques heures de printemps, c’est la dernière ligne droite de Yvette, atteinte d’un cancer du cerveau, qui se sait condamnée et qui contacte une association suisse spécialisée dans l’accompagnement pour le suicide assisté. C’est aussi la sortie de dix huit mois de prison d’Alain, qui décide de retourner habiter chez sa mère le temps de retrouver un emploi et un endroit où vivre. De cette cohabitation découle toute l’ambiance du film, une ambiance en silences et en longueurs, déstabilisants mais toujours travaillés. On assiste à l’absence de communication entre mère et fils, taiseux jusqu’au plus profond d’eux-mêmes, choisissant de rester dans le prisme de leur solitude. Et pourtant, désireux plus que tout de se jeter l’un vers l’autre, dans ce réconfort familial qui semble tant manquer à leur vie.

Le film nous projette dans la relation de ce duo bouleversant (Hélène Vincent et Vincent Lindon, incroyablement vrais), qui ne communique que par des silences et des non dits. Les non dits c’est les piliers de ce film, lorsqu’Alain va chercher refuge chez le voisin (Olivier Perrier, conseiller mais jamais moraliste) ou dans les bras d’une femme le silence fait office de confession.

Finalement le fond du film ne porte pas tant sur le suicide assisté et sur la mort que sur la relation entre une mère et un fils qui ne savent pas quoi dire, ou comment le dire. Et cette incapacité à laisser échapper leurs affects créé une attente réciproque, toujours présente mais jamais dite, qui fait planer sur le film une certaine mélancolie. Difficile pourtant d’attendre quand on est condamné ; quelques heures de printemps nous offre un scénario plein d’humilité et bien loin du mélodrame.

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Cette entrée a été publiée le septembre 29, 2012 par dans Films, et est taguée , , , , , .

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